« Education India » : la France invitée d’honneur
5 avr. 2003
L’Inde, où il existe plus de 260 universités et près de 8 200 instituts, offre une opportunité importante sur le marché mondial de la formation supérieure. Le système existant, mis en place par les Britanniques, n’a connu que de rares changements depuis l’indépendance en 1947, et reste concentré sur les études littéraires, historiques, économiques ou politiques en ignorant, déplorent certains universitaires, les disciplines scientifiques. Sans compter que le secteur de l’éducation a souffert, dès la fin des années 70, de restrictions budgétaires importantes. Beaucoup d’étudiants choisissent donc de partir étudier à l’étranger et on estime actuellement le nombre des étudiants indiens à 33 000 aux États-Unis, 4 700 au Royaume Uni, 4 200 en Australie, 1 000 en France (contre à peine 160 en 1997). L’agence EduFrance, depuis 1998, a eu pour priorité, sur place, de valoriser l’offre de l’enseignement supérieur français, sans que cette dynamique de promotion dans une logique de marché ne freine en rien celle des accords et des échanges inter-universitaires.
Elle conviait récemment des établissements d’enseignement supérieur, grandes écoles et universités, à venir proposer leurs formations aux étudiants indiens réunis à l’occasion du salon « Education India », dont la France était l’invitée d’honneur, qui se tenait d’abord à Mumbai, fin mars, puis à Delhi, du 3 au 5 avril 2003.
Le BIEF avait fait le choix de participer à ce Salon aux côtés d’autres exposants français (IEP Aix, ESSEC, Sciences Po Paris, Institut Vatel, Intergroupe des Écoles Centrales, Grenoble Graduate School of Business, Rouen School of Management, École des Mines de Paris, Reims Management School, pour n’en citer que quelques-uns) et de mieux cerner ainsi la nature de l’intérêt que des étudiants qui envisagent la France comme possible destination d’études peuvent porter aux ouvrages français publiés dans le domaine de spécialité qui sera le leur, ou bien dans le domaine de la didactique de notre langue.
Et de fait, quantité de demandes enregistrées sur notre espace ont porté sur la disponibilité de tel ou tel titre, dans des disciplines précises (management, techniques de communication, informatique, mécanique, pharmacologie, médecine vétérinaire, virologie, biologie), dans une version bilingue, voire intégralement en langue anglaise, ou sur l’existence de méthodes d’apprentissage du français bilingues anglais/français voire hindi/ français.
Certains étudiants préfèrent attendre de recevoir les listes bibliographiques de leurs enseignants, une fois en France, pour acquérir tel ou tel titre difficile à se procurer sur place.
Il est vrai que la visite de quelques librairies de Delhi laisse perplexe sur l’accessibilité du livre en français dans un pays où on estime pourtant le nombre d’apprenants de notre langue, dans le secondaire, à 400 000 environ, le nombre d’étudiants apprenant le français à l’Université à 250 000 et le nombre de personnes qui suivent des cours de langue au sein des 16 Alliances françaises implantées en Inde à 25 000.
Il faut dire que l’enseignement de notre langue en Inde est complexe, auprès d’une population qui est d’abord scolarisée dans sa langue (celle de son État), qui apprend ensuite la langue nationale officielle, le hindi, puis, si l’hindi se trouve être la première langue de l’État, sa propre langue ou le sanskrit, puis l’anglais et enfin une deuxième langue étrangère, le français le plus souvent.
Mais notre langue représente surtout une matière dans laquelle il est facile d’obtenir de bons résultats, les épreuves permettant d’évaluer non le niveau de maîtrise de la langue mais plutôt le niveau de connaissance. Et puis le nombre de professeurs de français reste insuffisant et l’enseignement du français en Inde se fait souvent via l’anglais.
Reste que les méthodes utilisées pour l’enseignement du français doivent être accessibles à bas prix par les élèves ou étudiants. Dans le secondaire, on utilise le Maugé bleu, recommandé par le National Council of Education Research and Training et le Central Board of Secondary Education (organismes gouvernementaux) et qui est vendu 60 roupies.
Goyal, éditeur, libraire (4 librairies à New Delhi et une à Calcutta), distributeur, est le partenaire local des éditeurs français de méthodes de langue. L’actuel directeur de cette maison familiale, Ashwani Goyal, a vécu aux États Unis et travaillait dès 1987 avec éditeurs anglais et américains. Importateur, il négocie également des prix spéciaux pour l’Inde ou encore achète des droits aux éditeurs français. Goyal crée également des outils didactiques. Bon voyage par exemple est une méthode pour apprendre le français à des adultes débutants qui travaillent ou vont travailler dans l’hôtellerie ou le tourisme.
À votre service est une autre création de Goyal. Cette méthode s’adresse aux étudiants des filières hôtellerie, restauration, tourisme. L’éditeur serait éventuellement ouvert à d’autres projets de collaboration éditoriale et à d’autres domaines que le FLE, à la jeunesse par exemple. Pour l’heure, il s’intéresse à un projet de l’IGNOU, Indira Gandhi National Open University, une des universités à distance les plus importantes au monde, qui cherche une méthode de français pour le public hindiphone avec à la clef une émission de télévision, une plate forme E-learning et du présentiel dans les alliances françaises. Le Bureau de coopération linguistique et éducatif de l’ambassade de France sur place suit ce projet de très près.